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La fiction brève du dimanche : Pour l'éternité sur son bol de Ricoré

On avait presque fini par croire que c'était foutu cette fois, qu'elle s'en était allée pour de bon, sa tête qu'avait jamais été bien bonne, deux jours qu'elle était restée sans parler, les yeux dans le vague de l'âme, qui seraient restés fixés pour l'éternité sur son bol de Ricoré si on n'avait pas débarrassé la table, et c'est vrai que là, il avait été inquiet le Constant, et il avait commencé à penser à l'après, à sa solitude d'après, et puis il avait quand même fait venir le toubib, pas celui qui vient d'habitude parce qu'il pouvait pas, c'est qu'ils travaillent en équipe maintenant les toubibs et ils se déplacent plus comme avant de toute façon, enfin cet autre toubib était venu, pas très causant mais  il avait vite vu que c'était un problème de médicaments, qu'elle en avait pris trop d'un coup, c'était pas volontaire, oh non, jamais elle avait parlé d'en finir, pas le genre non, simplement elle avait dû oublier qu'elle avait déjà pris sa dose une demi-heure avant, petit problème de mémoire fraîche, ça l'avait plongé dans le coaltar, mais le coeur était encore pas trop mauvais, elle avait donc tenu et puis elle est ressortie du trou, lentement, très lentement, et  on a compris qu'elle avait remis le pied sur la berge quand elle a asticoté la femme de ménage qui vient chez eux deux fois par semaine faire les sols et la poussière, qu'elle arrête donc de sortir dans le jardin pour faire la causette avec son mari, qu'on la payait pas pour ça, bon sang de bois.

Elle avait toujours été jalouse, le Constant pouvait pas aller au bourg sans qu'elle lui jette les gros yeux noirs, dame c'est qu'au café il pouvait rencontrer ses amours de jeunesse, la Louise et la Germaine, toutes deux retraitées, veuves et pas contre siroter un petit verre de Suze en parlant du temps qui passe, alors il était obligé de lui demander si elle voulait venir avec lui, et souvent elle n'en avait aucun désir mais elle enfilait l'imperméable beige et  montait en bougonnant dans la Peugeot, aussi quand il avait envie de descendre au bistrot il n'en soufflait mot, mais, une fois sur place, s'épouvantait de ce que quelqu'un pouvait bien lui rapporter l'avoir vu prendre un gorgeon chez la Paulette, et c'était la catastrophe pour une semaine, enfin maintenant le bistrot, dernier commerce du village, avait fermé, c'était de l'histoire ancienne.

Son frère, qui habitait un hameau voisin, était mort l'an dernier d'un cancer foudroyant, mais, depuis l'enterrement, il n'avait pu retourner chez sa belle-soeur : ses soixante-dix printemps désormais célibataires en faisaient une proie trop tentante.



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D
Résumé de la fiction brève du dimanche :"Ricoré", "Suze", "Peugeot", sans oublier le lobby pétrolier, les sponsors deviennent envahissants, ça doit cracher au bassinet...
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