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La fiction brève du dimanche : Le salon du livre




Le salon
du livre


Il dormait. Je l'avais repéré dans un des coins de cette grande salle des fêtes où s'était installé le salon du livre. L'affluence était, il est vrai, très moyenne en cette fin de matinée (il faut dire qu' un grand amour de l'imprimé était nécessaire pour parvenir jusqu'à la dite salle, car une course cycliste semblant utiliser toutes les rues de la ville avait rendu son abord d'un ludique discutable). Bien planté sur sa chaise en plastique, les mains jointes, il dormait comme un bon moine attendant les vêpres. Son étal regorgeait de livres au titre invariablement de couleur rouge et le moins qu'on puisse dire c'est qu'il y en avait pour tous les goûts : roman policier (intrigue placée au coeur du bocage), mémoires, étude historique (le château de Bornusse à travers les âges), poèmes (couronnés par le Grand Prix du Cercle de Poésie du Loudunois), manuel de jardinage, recueil de nouvelles (sélectionné pour le Prix Marcel Brident), essai (Comment revitaliser les campagnes, préfacé par le sénateur-maire G.), tout ça auto-édité, sans compter trois volumes de pièces de théâtre édités à la Pensée Universelle. Sans ce sommeil providentiel, je n'eusse pas osé feuilleter cette ample littérature, de peur que l'auguste auteur ne me l'expliquât sur-le-champ, comme cela m'était fâcheusement arrivé en maintes occasions. J'admirais l'absolue précision des prix (ainsi le polar était vendu 16, 67 euros), et la stratégie promotionnelle (deux ouvrages achetés, un troisième gratuit, le tout gracieusement dédicacé).

Je reposais un florilège de poésies en patois et allais reprendre ma pérégrination lorsque l'écrivain ouvrit un oeil, et avec une célérité confondante, me fit savoir que ce livre-ci avait été vendu à Gonzague-Saint-Bris lui-même, l'année précédente. J'étais évidemment impressionné, du moins en donnais-je l'illusion car il sortit dans la seconde qui suivit un press-book de derrière une pile de poèmes et me montra un article d'un quotidien régional où il serrait la main d'une célébrité dont il fut fort déçu que je ne la reconnaisse point.

- Voyons, le patineur, là... Candeloro... C'est Philippe Candeloro...

J'appris donc que Candeloro avait écrit un livre.

- A la foire du livre de B., il a dédicacé à tour de bras. Candeloro, ça c'est un solide...

 Il tint absolument à me donner son essai préfacé par le sénateur-maire.

- Eh, attendez, je vous l'ai pas dédicacé...



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D
Résumé de la fiction brève du dimanche<br /> Bien qu’il ai mis le paquet en organisant le même jour la course cycliste et le salon du livre, le sénateur-maire constatait qu’une fois encore sa tentative pour revitaliser les campagnes était veine, il aurait du suivre sa première intuition : Patinage artistique sur écran géant.
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