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La fiction brève du dimanche : Pascal M.





Pascal M.

Le premier ami.

Celui qui compte un peu plus que les autres, celui qui est le compagnon obligé des récréations, celui qu'on voit aussi dehors, après l'école, après la fermeture des grilles bleues.

Pascal M. n'était pas comme les autres. D'abord il ne portait pas le même nom que sa mère, Madame P. C'était comme une énigme, une incongruité dont je ne me souviens pas avoir jamais demandé la raison. Madame P. n'était pas n'importe qui : c' était la directrice de l'école des filles, elle y avait un logement de fonction.

Pascal M. était fils unique et n'allait pas au catéchisme. Tout le monde, à l'époque, allait au catéchisme. Je trouvais ça dommage pour lui, car j'ai beaucoup aimé la première année de catéchisme (cette béatitude n'a pas duré).

Pascal M. était brun et avait eu avant nous un beau vélo rouge. Quend nous eûmes enfin des mini-vélos pliants, nous partîmes en expédition dans la campagne. Je me souviens d'une cueillette de mûres encore rouges dont nous remplissions les sacoches.

Mon frère et moi allions souvent jouer le jeudi, ou le soir après la classe, à l'école des filles. La vaste cour silencieuse était à nous, comme le préau, le cellier, le jardin.

Je n'aimais pas que mon frère fût trop proche de Pascal M.. C'était mon ami, et pas le sien. Il ne devait pas toujours respecter cette volonté. Il y eut des fâcheries.

Pascal M. était taquin. Je me souviens très nettement qu'un jour, pendant la récréation, il me tendit son doigt en me disant de sentir. Or, il l'avait plongé auparavant entre ses fesses. Je n'avais pas apprécié : il avait ri. A part ça, il était très bien élevé.

Pascal M. était d'ailleurs un très bon élève. Longtemps, il fut le premier de la classe. Mais j'avais plus de santé que lui, et les mois où il manquait, je m'emparais de cette première place.

Puis, un dimanche soir automnal, un terrible accident endeuilla notre famille, et nous quittâmes le village peu de temps après.

Pascal M. vint une seule et unique fois dans notre nouvelle demeure.

J'eus d'autres amis.

Il y a trente-cinq ans que je suis sans nouvelles de Pascal M.



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N
Excellent, le résumé. Comme d'habitude, je dirais. Mais là j'apprécie encore plus, car le souvenir un peu scato auquel il fait allusion, j'ai failli le censurer. Et puis  le sentiment de tricher si je l'écartais m'a décidé à le maintenir. Le réel pue, oui, et nos enfances sont pleines de ces joyeusetés triviales :"Ils revinrent quand finissait l'opération et Bacaillé, débâillonné et délié, reçut au bout de longs bâtons les diverses pièces de son habillement  veuves de boutons qui avaient été de plus largement compissées et abondamment souillées d'autre façon encore par les justiciers de Longeverne." (La Guerre des Boutons)
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D
Résumé de la fiction brève du dimanche<br /> Le jeune Patrick B. décida fermement de se consacrer à la fiction le jour ou il découvrit que la réalité pue du cul.
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