On l'a assez dit : nous sommes une génération qui n'a pas connu la guerre. Oui mais - on l'oublie trop - nous sommes nés avec la guerre. Une guerre qui ne disait pas son nom.
1960, de Paton au Président, c'est l'éclosion de la tasonnerie. Oh, certes, des tasons il y en eut avant, et des cadors, et il y en eut après, suivez mon regard, mais 60, c'est le pompon, c'est la concentration qui affole. En fait je crois que la Terre, en un réflexe bien légitime, libérait des anticorps, car, question état du monde, ça n'allait pas fort : la guerre froide, le Klu Klux Klan, le lancement de Télé 7 jours et puis surtout, chez nous, cette guerre d'Algérie, qui permit à quelques-uns de nos papas de faire un beau voyage en bateau.

Bon, voilà, tout ça pour dire qu'en ce moment passe en salles
La Trahison, un film de Philippe Faucon, d'après le récit de Claude Sales, qui fut lieutenant dans le bled à l'époque. Tourné -ce qui est rare- en Algérie, c'est un bon film, sobre, digne. Pour aller vite, en 1960 donc, un officier français apprend par ses supérieurs que les quatre appelés algériens qui font partie de sa compagnie depuis plus d'un an, et avec qui il pensait avoir établi des liens de confiance, projetaient de l'égorger avant de rejoindre les rangs du FLN. Un très bel exemple des contradictions, des situations impossibles qui composent souvent le fond de tout conflit.