J'avais changé d'école cette année-là, à la suite du décès brutal de mes grands-parents maternels dans un accident de voiture. Il me fallut aussi retourner au
catéchisme. Je l'avais découvert l'année précédente, dans le petit village que nous habitions alors. C'était une sorte d'annexe de l'école puisque tous mes camarades y étaient présents,
à la notable exception de mon meilleur ami, Pascal M., fils de la directrice de l'école des filles. Pour des raisons qui me restent
inconnues, j'avais aimé le curé qui officiait là, et j'avais même été d'accord pour être enfant de choeur.
C'est mon oncle, dans sa Taunus break blanche, qui m'emmena la première fois au patronage, dans le bas de ville, où avait lieu le catéchisme, entre treize et quatorze heures. Une grande
salle comble, j'étais un peu en retard. On me fit asseoir à l'une des longues tables et je sortis le cahier et le stylo dont on m'avait muni. Sur une estrade surélevée, le curé, le regard dur,
reprit bientôt son laïus. Chacun se mit à gratter frénétiquement sa feuille. Le curé dictait, à une allure incroyablement rapide, et je fus vite largué, contraint de lorgner sur le voisin. Jamais
le curé d'avant ne nous avait soumis à pareil exercice. A peine le temps de jeter un regard sur les cartes de la Palestine qui pendaient au mur de droite. Cela dura un temps interminable. Ces
travaux forcés de scribe , c'était donc ça le catéchisme ici.
Plus tard, je fus sollicité pour être enfant de choeur, mais je refusai obstinément. Là-bas, au village, les enfants de choeur portaient de longues aubes blanches. Ici, on arborait des surplis
rouges avec dentelles qui me semblaient parfaitement ridicules. Ce fut encore mon petit frère qui en quelque sorte me sauva, en acceptant, lui, d'endosser la livrée écarlate. Vu le désintérêt total
pour la chose religieuse qu'il avait sans doute déjà à l'époque, je me demande encore pourquoi.