Par PPESE
Juan parle très justement de Jørn dans un commentaire récent. Jørn Riel, écrivain danois (que m'a fait découvrir un certain Olivier Renailly, dit La Mouche, que je ne remercierai jamais assez pour cet authentique bienfait), Jørn Riel dont les nouvelles rassemblées sous le nom de
racontars arctiques sont en effet de magnifiques histoires de tasons. Les héros en sont une poignée de chasseurs vivant sur la côte nord-est du Groenland sur un territoire grand comme plusieurs fois la Brenne et le Boischaut réunis. A la fois rustres et tendres, isolés les uns des autres par plusieurs jours de traîneau, ils n'en goûtent que mieux leurs rencontres épisodiques, généralement ponctuées par de solennelles beuveries (ça me rappelle quelque chose...).
Entre autres racontars délectables, j'aime beaucoup La maison de concert, où ils se piquent de faire de la musique. L'auteur ne se ménage pas pour nous faire comprendre qu'ils prennent un pied extraordinaire avec cette activité ; la ferveur monte à chaque nouveau concert et le dernier se termine en liesse par des ovations sans fin. Et puis...( je vous recopie ici la chute) :
« Pour en finir avec cette histoire, à prendre comme les autres au pied de la lettre, il faut ajouter qu'au cours du printemps les chasseurs créèrent quelque chose de comparable à un petit orchestre symhonique. Bjorken, Mads Madsen, , William, Fjordur, Lodvig et Valfred avaient chacun construit son propre instrument et se réunissaient une fois tous les deux mois chez Doc et Mortensen pour l'apprentissage du solfège et les répétitions.
Seul Valfred quitté l'orchestre en cours de route. Son instrument était constitué de huit bouteilles remplies et accordées sur chaque ton de la gamme. Au plus grand désespoir de Doc, il se trouva que Valfred avait du mal à garder les accords intacts toute une soirée. Quand on examina son instrument à la recherche de la cause, on découvrit que les bouteilles ré et fa avaient été remplies d'eau-de-vie et non pas d'eau pure, et que Valfred, en faisant ses gammes, avait bu de son instrument, de telle sorte que le ré était devenu fa dièse et le mi bémol un la. Valfred reçut un avertissement, mais le scandale se répéta et il fallut se résoudre à l'expulser.
Quand la Vesle Mari arriva en septembre, le capitaine Olsen fut invité à un concert en plein air à Kap Thompson. C'était une soirée belle et calme, et Olsen eut droit à une chaise au premier rang, d'où il pourrait tout voir et tout entendre. Dès les premières mesures, l'homme, pourtant endurci, ouvrit grands les yeux et chuchota atterré à son voisin :
- Bon Dieu ! Voilà qui prouve qu'il y a toujours quelque chose de pire que le pire, si tu vois c'que je veux dire.
Et on comprenait facilement, à l'expression torturée du visage du second, qu'en effet, il voyait. »
(in La passion secrète de Fjordur, 10/18).
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