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La fiction brève du dimanche : Amar Töskel

undefinedBientôt je n'aurai même plus d'identité. Bientôt Amar Töskel ne sera plus qu'un fantôme, une ombre vague affleurant  par inadvertance dans la conversation déglinguée de quelques pauvres fous du Centre de Remédiation Sociale. Bientôt, c'est-à-dire dans un mois, une semaine, ce soir peut-être s'il leur plaît, s'ils viennent me chercher pour une dernière séance. Je ne dirai rien, je crois qu'ils l'ont compris désormais, compris qu'ils avaient épuisé toutes leurs techniques, qu'ils ne pouvaient plus rien espérer de moi. Les rats, les aiguilles, les électrochocs, les pinces, les tenailles, les abrasifs sensoriels, les détersifs de conscience et toutes leurs nouvelles méthodes d'ingénierie psychocoercitive ne peuvent faire parler un homme qui a sciemment gommé sa mémoire, un homme qui a choisi de perdre les images des siens pour les protéger. A cette heure, je ne suis plus qu'un nom, Amar Töskel, un nom d'emprunt je suppose, car mon véritable nom je pense l'avoir oublié aussi. Il ne me reste que la trace mémorielle d'une douleur, celle, terrible,  que je sais avoir éprouvée avant de m'abandonner à la destruction de tout ce qui me constituait comme homme sur cette terre, famille, amours, amis, passions, souvenirs. Ils peuvent venir, je suis mort  à moi-même, donc plus d'aucune utilité pour eux. Reste ce nom seul, Amar Töskel. Ils se sont accrochés à ces quatre syllabes, espérant faire remonter le réseau, faire resurgir des noms et des visages, des lieux et des dates. Ils m'ont même fait entrevoir la Sortie, un voyage vers le Lac, le reste de ma vie dans le Paradis protégé des repentis hors-classe. Ils ne promettent ça qu'en dernière extrémité. La séance a été la plus longue de tout mon séjour ici. C'est du moins ce que l'infirmière m'a dit, dans un souffle, en me replaçant une perfusion. Hier encore, je savais son prénom, c'était devenu dangereux pour elle : ne m'avait-elle pas caressé le bras subrepticement, dans l'angle mort de la caméra ?  Un dernier effort malgré la fatigue immense. Oublier Amar Töskel, sur le chariot qui me conduira jusqu'à la dernière salle. Et entrer dans la nuit définitive. 
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N
Là, Didand, chapeau bas, sublime résumé.En un mot, tout est dit.Le malheur, c'est que tu ne feras jamais mieux dans la concision...
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D
Résumé de la fiction brève du dimanche Qui ?
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