Par Nil Pétarbrock
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Le tatami et l'oléoduc (conte oriental) |
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Las de l'atmosphère confinée des dojos et de la chute des corps suants sur sa délicate paille de riz compressée, un tatami de noble origine profita d'une nuit de violence urbaine où son gymnase partit en fumée pour s'envoyer en l'air avec une chute de moquette, à la faveur des courants chauds ascendants qui cernaient le bâtiment. Tatami volant au-dessus des Aladins illuminant la nuit de leurs cocktails Molotov, il voyagea au gré des vents, à la faveur des cyclones, dans la douceur ouatée des nuages ou la fureur des ouragans. Certains crurent l'apercevoir, dansant sous la foudre comme un pétale d'orchidée, qui ne reçurent que quolibets quand ils le racontèrent (un pécheur morvandiau fut même interné quelque temps). Il ne se posa qu'au désert, dans un erg brûlant où un attentat avait éventré le flanc dodu d'un oléoduc. Un sang noir s'écoulait de la plaie béante sur le sable de la dune. Il était clair que le malheureux n'en avait plus pour longtemps. Le tatami s'enroula alors autour du tuyau visqueux et de son enveloppe entière fit un pansement salvateur, y sacrifiant la blondeur de sa paille. La brigade d'intervention qui accourut le lendemain sur les lieux dut se rendre à l'évidence : le tatami avait sauvé le désert d'une horrificque marée noire. On le jeta tout de même comme une vieille chaussette, plus exactement on le brûla, dans l'arrière-cour du palais de béton d'un ancien dignitaire du régime. Il s'en foutait : il retournait ainsi aux nuages et à la liberté. |
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