Overblog Tous les blogs Top blogs Humour
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Publicité

La fiction brève du dimanche : Il est monté à la tribune

maisonnette-copie-1.jpgIl est monté à la tribune, a posé devant lui le bloc-notes où il avait listé les différentes parties de son exposé, et il a embrayé tout de suite sur une anecdote à teneur humoristique (c'était son leitmotiv quand il dissertait avec nous sur la bonne façon de capter immédiatement l'auditoire). ll y eut quelques sourires mais manifestement il n'avait pas fait un tabac avec sa boutade (Guénard me fit remarquer que Lauchien avait sorti la même il y a trois semaines aux Rencontres nationales). Est-ce ce relatif insuccès qui le déstabilisa ? Toujours est-il qu'il enchaîna en lançant avec force qu'il avait à l'heure actuelle deux chevals de bataille. Et il commença à développer sans revenir sur l'erreur, d'un ton de plus en plus véhément. Il y avait comme un frisson dans l'assistance, des regards qui se cherchaient et des ricanements qui peinaient à s'étouffer (Guénard me susurra que notre orateur  ne s'était pas aperçu de sa bévue, comme si je ne m'en étais pas rendu compte moi-même). Le pire est qu'il récidiva deux minutes plus tard, en martelant qu'il n'aurait de cesse de revenir sur ses deux chevals de bataille. Plusieurs rires éclatèrent aussitôt, qui en déclenchèrent d'autres et ce fut comme une marée noire de tressaillements de gorges qui le submergea et dont il ne percevait pas la cause, sourd absolument à ce qu'il venait de prononcer. L'hilarité de la salle le déconcertait au plus haut point, le laissant comme un poussin perdu au milieu d'une horde de loups. Pour se donner du temps, il se servit un verre d'eau, mais échappa la Badoit sur ses notes et voulant les protéger les fit voler au pied de la tribune et voulant les rattraper donna de la tête contre le micro  le faisant atrocement couiner et les rires redoublèrent et les sifflets et les hurlements de joie (Guénard entre deux hoquets me dit que cette fois c'était clair : il était fini).
Et, de fait, on ne l'a jamais revu. Il est mort d'un cancer deux ans plus tard. On l'a enterré dans son village natal. Lauchien devait se fendre d'un  discours, mais il s'est fait porter pâle. C'est Guénard qui a lu la nécro. Je suis parti avant la fin.

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
H
Pardon Président, mais tu voulais sûrement dire j'ai TROIS bites de cheval" ("Je suis monté à la tri-burne")
Répondre
D
Résumé de la fiction brève du dimanche « J’ai deux bites de cheval », voilà une bonne accroche pour capter immédiatement l’attention de son auditoire et éviter une faute de français.
Répondre