Il s'inventa des
déserts. N'en disposant pas au sortir de la résidence où il occupait le même F3 avec baignoire-sabot depuis douze ans, il résolut de réaménager complétement
ce territoire, sans en référer à personne, et surtout pas aux sommités municipales qui l'avaient tourné en ridicule dans la seule réunion de quartier où il mît jamais les pieds - sa proposition de
recréer un marécage à la place de la grande barre qu'on venait de faire imploser au printemps n'avait suscité qu'une saumâtre marée de ricanements. Il se l'était tenu pour dit : il ne pourrait rien
faire avec ces gens-là. Sa première initiative consista à rebaptiser chaque rue, chaque place, chaque square, chaque pâté de maisons ou d'immeubles - en son for intérieur, s'entend, car rien ne
devait transpirer de ce vaste projet. Il eut ainsi rapidement le plaisir chaque matin en se rendant au bureau de traverser le grand erg de la Mélancolie (qui s'était donc substitué à la place
Raymond Boulion, nom d'un ancien édile qui avait