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La fiction brève du dimanche : Vêpres et CAC 40

   


Vêpres et CAC 40
 

Une goutte perla à son front, descendit jusque sur l'aile du nez, et de là tomba sur l'étole râpée par un bon millier de lavages. Pourtant il caillait dans l'édifice, comme d'habitude à cette époque de l'année où les gros radiateurs butane aux museaux rougeoyants n'offraient plus qu'une protection dérisoire contre le froid sépulcral. Pourquoi, oui pourquoi avoir tout misé sur le phosphate ? Il se maudissait à chaque seconde davantage d'avoir oublié toute prudence. Cette rumeur de coup d'état, entendue aux informations juste avant la cérémonie, lui revenait comme un répons obstiné. Son débit s'accéléra lors de la lecture du psaume 84 au point de réveiller Monsieur Soulas, que l'abus de digestif avait jusqu'ici fait sombrer dans une bienheureuse somnolence. Vite, vite plier l'affaire et se précipiter à la cure, allumer le Packard Bell, et illico donner des ordres de vente avant la catastrophe. Les enfants de choeur lambinaient avec insolence, il saurait s'en souvenir. La galopade liturgique devint pathétique au moment où il aperçut dans la pénombre du pilier nord du transept l'austère figure de Madame Le Gribec, tapie dans la stalle de bois réservée par la famille Legribec depuis cent-vingt-cinq ans. Sûr, elle voudrait être entendue en confession, ayant eu dans la nuit quelque pensée coupable ou quelque geste incongru. Un niagara de sueur se déversa sur sa chasuble et inonda son Damart. Il eut devant les yeux la vision apocalyptique de l'effondrement soudain du cours du phosphate. Prendre la fuite vers la sacristie, sitôt l'ite missa est prononcé ? La vieille toquée connaissait les lieux, elle le suivrait, bloquerait l'issue. Il empoigna alors un des deux acolytes et lui enjoignit à l'oreille d'aller dire à Madame Le Gribec de l'attendre au confessionnal.

Mais la messe terminée, Madame Le Gribec était toujours dans l'ombre de son pilier. Qu'importe, il prétexterait une extrême-onction à délivrer dans le canton voisin. Il s'avança dans la nef, suivi par les deux enfants de choeur que dans sa hâte il  avait oublié de renvoyer. Elle sortit à sa rencontre, faisant atrocement grincer la porte de la stalle. Il pressa le pas, prêt à charger vers le porche. Elle se jeta sur lui et, relevant sa voilette, découvrit un visage encore plus défait qu'à l'accoutumée, ravagé par la douleur :

-  Mon Père...
- Madame, je suis déso...
- Mon Père... le phosphate...
- Quoi, le phosphate...
- J'ai tout perdu... Le phosphate... toutes les actions de la famille... depuis 1927... J'ai envie de mourir, comprenez-vous... Pourquoi Dieu nous envoie-t-il cette épreuve ? Mais... sapristi... qu'est-ce qui vous arrive ?... Mon Père... Relevez-vous... Mon Père !... Faites quelque chose, bande de petits saligauds !




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Commenter cet article
K
c'était l'époque des gens bons poliphosphaté.
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D
Résumé de la fiction brève du dimanche<br /> Souverain pour les salades, le phosphate ne réussit pas aux radis noirs et aux courges.<br />
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D
ouaouh!!!
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