Par Nil Pétarbrock
Il avait
glissé son premier bulletin de vote dans l'urne municipale,il y a une bonne cinquantaine d'années en arrière. Un demi-siècle de bulletins préparés la veille
méticuleusement, pliés avec cérémonie, lâchés dans la fente avec circonspection. Un demi-siècle qui avait toujours vu le même résultat : jamais le bulletin
qu'il avait choisi n'avait remporté l'élection. Municipales, cantonales, législatives, présidentielles, référendums, chaque fois c'était l'échec au bout du
compte. Cette stupéfiante régularité dans la défaite avait fini par engendrer des effets pervers. S'il affichait publiquement une préférence pour un candidat, aussitôt la cote de
celui-ci s'effondrait, et l'on a surpris plusieurs fois certains sortants inquiets parlementer nuitamment avec notre homme pour le dissuader d'apporter son soutien. Logiquement, il en vint à ne
plus annoncer ses choix, fut-ce à ses proches. Jamais cependant, il ne se découragea, considérant le vote comme un devoir plus qu' un droit ; jamais il ne songea à tricher et à voter pour
un candidat qu'il n'aimait pas afin de préserver les chances de celui qu'il chérissait. Il se disait simplement que cette série noire allait bien finir un jour, et que seul un hasard
pernicieux l'avait privé jusque-là de goûter le plaisir de la victoire.Eclipse Next 2019 - Hébergé par Overblog