Le Professeur Patrigeon Et Son Equipe, mon avisé
confrère de blog, s'intéresse, comme certains ne le savent pas encore, à un tas de choses dont tout le monde se fout. Par exemple, les origines des fêtes médiévales et le vocabulaire de la beuverie
dans l'oeuvre de Rabelais. Bref, c'est un vrai tason. Mais il lui arrive parfois dans ses pérégrinations littéraires de lever un beau lièvre du temps présent. L'autre jour, il s'intéressait de près
à la Saint-Martin. Fêté le 11 novembre, son rayonnement a été éclipsé par la célébration de l'armistice, mais pendant des siècles, c'était l'occasion de ripailles, à tel point que
le verbe martiner signifiait boire beaucoup, comme en témoigne justement ce passage de Pantagruel :
"Parquoy ung chascun de l'armée se mist à martiner, chopiner, & tringuer de mesmes. Somme ilz beurent si bien, qu'ilz s'endormirent comme porcz sans nul ordre parmy le camp.
"(Rabelais, Pantagruel, Ch.XVIII)
Martiner, chopiner et tringuer... Le Professeur (PPESE pour les intimes) se fendit alors d'une petite recherche sur Google pour chercher d'éventuels dérivés du mot. Et voilà qu'il
tombe sur un discours de Christian Poncelet à l'occasion de la dégustation du Beaujolais Nouveau.
C'était plutôt amusant de tomber sur le Président du Sénat, actuellement en délicatesse avec la justice, attaqué par le Canard Enchaîné (mais il dément évidemment). Ceci dit, le discours n'était pas mal, comportant des
éléments historiques intéressants. Le PPESE enregistre et continue son petit googlage. Et voilà qu'il tombe sur un article d'un
universitaire de Paris-Sorbonne, Gilles Fumey, où il retrouve comme par hasard les mêmes éléments historiques, avec les mêmes formulations et les mêmes termes. Qu'on en juge :
Gilles Fumey : "Mais ce jeudi de novembre, c’est bien plus qu’un cépage qu’on boit, c’est toute une culture qu’on s’approprie, celle
des vins nouveaux de la serva potio ou boisson des esclaves servie aux vendangeurs de l’Antiquité, ou celle des riches (monastères, féodaux) achetant leur vin avant les
autres. Pourquoi ? Parce que les tonneaux conservaient mal le vin qui s’oxydait au contact de l’air."
Christian Poncelet : "Depuis cinquante-cinq ans, le troisième jeudi de novembre, c'est bien plus qu'un cépage qui s'offre à nos papilles gustatives. En réalité,
c'est une culture que l'on s'approprie : celle de la boisson des esclaves servie aux vendangeurs de l'Antiquité ou celle des riches féodaux du Moyen Age achetant leur vin
avant les autres parce que les tonneaux le conservaient mal, en raison de l'oxydation au contact de l'air."
On a même conservé la mise en gras...
Autre exemple : Gilles Fumey : " La nouvelle classe bourgeoise qui émerge au 18e siècle remplit ses celliers et raréfie d’autant les vins qui manquent chez les
aubergistes, provoquant des émeutes comme celle des canuts lyonnais en 1788 ou des ouvriers du quartier de la Bastille à Paris qui fomentent des « émeutes de la soif ». La récolte est
attendue comme une bénédiction et dans la fête, notamment le 11 novembre qui est le jour du paiement des contrats d’embauche et de la dégustation de vin nouveau (le « martinage », du nom
de Saint Martin fêté ce jour-là par un banquet autour d’une oie, avant que l’armistice de 1918 ne prenne le dessus)."
Christian Poncelet : "La nouvelle classe bourgeoise qui émerge au XVIIIème siècle n'hésite pas à remplir ses celliers, raréfiant, de ce fait, ceux des aubergistes et provoquant
ce que l'on a appelé des « émeutes de la soif ». Aussi la récolte nouvelle est-elle attendue comme une bénédiction et dans la fête, notamment le 11 novembre, jour du paiement des contrats
d'embauche et de la dégustation du vin nouveau ou « martinage », du nom de Saint-Martin, célébré ce jour-là."
Vous me direz : si ça se trouve, c'est Fumey qui pompe sur Poncelet. Mais, mes petits chéris, regardez bien les dates, l'article de café-geo.net est daté du 12 novembre 2006, tandis que
l'allocution a été prononcée le 6 décembre de la même année.
Bref, il n'y a pas que ces petits cons de collégiens et lycéens pour abuser du copier-coller sur internet, il y a aussi les Présidents du Sénat (ou leurs
nègres).
En tout cas, il y en a un autre, de Président, qui a, semble-t-il, bien martiné au G8...