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Eric

Le monde est mal fait. Des crapules se portent comme des charmes tandis qu'un ami cher nous quitte en ce printemps frileux.

Sur la célèbre photo en noir et blanc représentant les quatre frères Renaldo sur une plage de l'île de Ré, rangés comme les Dalton du plus petit au plus grand, Eric est le second. C'est William (ou Jack) Dalton (on ne sait jamais très bien, même Morris s'embrouille parfois dans l'ordre). Il y a d'ailleurs un peu de triche, Eric est perché sur un petit monticule pour paraître plus grand que Didou (je dis ça de mémoire, je n'ai pas la photo sous les yeux, si ça se trouve je me trompe complètement). L'important, c'est la fratrie, quatre lascars nés de Jacqueline et Marcel, liés comme les quatre doigts de la main de Mickey.

Eric savait y faire avec les doigts, c'était un bricoleur hors pair qui adorait la mécanique. Et un musicien accompli qui m'épatait car il semblait pouvoir jouer de tout : saxophone bien sûr (héritage paternel), mais aussi piano, guitare, orgue, bandonéon, j'en oublie certainement. Il avait créé son propre studio d'enregistrement à Montargis et fondé plusieurs groupes (dont Mirror Combo).

Une anecdote : en 1988, j'avais pris une année sabbatique. Délaissant l'enseignement, je survivais grâce à mes petites économies. Comme elles se réduisaient comme peau de chagrin, il m'a bien fallu travailler un peu, et j'ai fait surtout quelques remplacements à Express 36, comme chauffeur-livreur. Mais j'ai aussi travaillé pour Eric, coursier pour son laboratoire de prothèses dentaires, qu'il avait racheté à son patron. J'ai donc été hébergé en décembre pendant quatre jours à Montargis, rue de la Quintaine, nourri et bien payé. Et il y eut en plus cette soirée imprévue à Paris, à l'hôtel Méridien, près de la Porte Maillot, où nous avons pu écouter le  Count Basie Orchestra. Le meilleur big band du monde, selon Eric, qui m'avait offert la place (qui n'était pas donnée). J'ai retrouvé la page du journal que je tenais à l'époque : "J'ai trouvé ce soir-là que j'avais finalement bien de la chance. Malgré la précarité de ma situation actuelle, je me retrouvai confortablement installé devant un cocktail, aux côtés d'un ami joyeux et généreux, à dix mètres de musiciens fabuleux que l'on ne reverra peut-être pas de sitôt dans notre pays. Une grande soirée. Pendant celle-ci, Eric se retournait souvent sur moi, et j'étais heureux de partager son plaisir, de le voir heureux lui-même."

Le 12 mars dernier, un dîner réunit les quatre frères, leurs compagnes et quelques amis proches aux Peyrots. Le hasard me place à côté d'Eric. Il est alors très affaibli par la maladie, mais il ne se plaint pas. Il me dit que sa vie a été extraordinaire, qu'il s'est intéressé à des tas de choses et qu'il a réalisé beaucoup de ses rêves. Il souligne le soutien incroyable qu'il a toujours reçu de Michèle et que c'est bien grâce à elle qu'il est toujours vivant. Non seulement il ne s'apitoie pas sur son sort, mais il nous raconte deux histoires drôles. J'en ai mémorisé une et je crois bien que je ne l'oublierai jamais.

C'était cela Eric, la gentillesse et l'humour, le talent, le courage et la générosité.

 

 

 

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