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# 25/52 - 18 juin 1967

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En ce temps-là, la télévision s’arrêtait. Oui, elle s’arrêtait même tous les jours. Elle connaissait comme la plupart des hommes l’alternance nuit-jour. Quand les programmes étaient terminés, s’affichait la mire. Qui me faisait penser à une grille géante de loto ou à un damier saugrenu. Elle servait soi-disant à régler l’image. La mire, c’est du passé, les chaînes tournent en continu, le grand spectacle du monde ne doit plus connaître de trou.

Parfois même - je sais que cela va être difficile à croire pour les jeunes générations-, la télé faisait une pause, soit parce qu’un incident technique avait perturbé la bonne marche de la diffusion prévue, soit parce qu’il y avait un intervalle entre deux émissions. On n’avait pas encore horreur du vide à ce moment-là. On avait donc ce qu’on appelait des interludes. Et à partir de septembre 1960, le plus souvent c’était le petit train de Maurice Brunot qui s’y collait.

Ce 18 juin 1967, c’est pas moins de 7 minutes et 14 secondes que dura l’interlude du petit train (au départ un train rébus, et depuis 1963, un train de la mémoire avec une image déployée sur les différents wagons qu’il fallait reconstituer). La lenteur de l’animation est quasi inconcevable à notre ère du zapping : le train (entraîné par une une vieille locomotive à vapeur) serpente à petite vitesse dans des paysages bucoliques au son d’une musique placide (Endlessly de Clyde Otis et Brook Benton) qui à elle seule résume le tempo de la télé de l’époque. En cela elle est inoubliable.

 

Pourtant c’est un tempo bien différent qui s’annonçait le même jour de l’autre côté de l’océan : le festival de Monterey, en Californie, avait débuté le 16 juin. Jimi Hendrix et Janis Joplin s’y révélèrent au public américain, Grateful Dead et Jefferson Airplane n’hésitaient pas à étirer leurs morceaux bien au-delà des durées jusque-là standards, Otis Redding joua pour la première fois devant un public essentiellement composé de blancs. Une bonne partie de l’assistance était sous acide. Le coup d’envoi était donné pour d’autres grands rassemblements autour des groupes rock, dont Woodstock, deux ans plus tard.

 

L’arrivée à la gare de la Solution, après maints panoramiques sur les environs agrestes du chemin de fer, nous livrait le fin mot de l’affaire : il s’agissait ce jour-là d’un rabot (les mauvaises langues diront qu’un rasoir eût mieux convenu). Ce qui est incroyable, c’est que cela perdura jusqu’en 1974.

 

Janis Joplin et Jimi Hendrix avaient déjà disparu depuis quatre ans.

 

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