A ma droite, Dominique Galouzeau de Villepin, Eloge des voleurs de feu, 830 pages sur la poésie et les poètes.« La poésie doit
avoir pour but la vérité pratique. »
(Lautréamont)
"Je vous préviens, cette année,
j'ai décidé de faire chiant, sérieux, un vrai
discours, bien plombé, parce que, attention, le thème
de cette année est d'importance : la poésie appliquée,
ce n'est pas une plaisanterie, même si ça en a l'air...
Poésie appliquée, cela implique immédiatement une poésie qui, elle, ne le serait pas, appliquée, une poésie fondamentale en quelque sorte, à l'instar de la recherche scientifique que l'on divise communément en recherche fondamentale et recherche appliquée. Mais sommes-nous fondés à transposer à la poésie une telle ligne de partage ?
Ah, j'en vois qui piquent du nez dans leur assiette... trop facile ! Je vous avais prévenus, cette année, je tape dans la métaphysique, je fricote avec les grands mystères de l'être, j'agite l'épouvantail des questions éternelles, tout ça c'est la faute à Didou, il n'avait qu'à ne pas parler de poésie appliquée, moi quand on me parle de poésie ça m'excite, et la formule je l'aurais pas trouvée tout seul.
Je continue à me poser la question : la poésie appliquée, quelle est-elle ? On ne sait pas ou plutôt tout ce qu'on sait , c'est où la trouver : dans les pages d'un livre qu'on n'a jamais ouvert que pour l'oral du bac de français. La poésie est là, associée à l'image d'un être falot et malingre, maniéré et poitrinaire, amoureux de petits oiseaux et de couchers de soleil, et n'ayant jamais pété de sa vie.
Et là, j'en vois pas beaucoup autour de moi qui pourraient correspondre à ce portrait. Et surtout pas l'instigateur de ce festival, dont je tiens à rappeler que dans son jeune temps il était surnommé Gaspard, en raison, faut-il le préciser, de la fréquence de ses émissions atmosphériques, qui l'eussent rendu bien digne d'être exilé dans le Pacifique Sud. Pourtant, pourtant, ce même individu est-il dénué de la moindre once de poésie ? N'y a-t-il pas en lui une seule étincelle du feu divin de la poésie ?
Certes, ce ne sont pas les quelques misérables vers qu'il a commis qui vont un tant soit peu le rapprocher d'Alfred de Vigny (je ne lui ferais pas l'injure de lui rappeler un certain Grouh grouh Pon Pon, ni les strophes calamiteuses de la Tasonnaise). Mais le rédacteur de l'Objet de notre association, permettez-moi de vous la redire : promouvoir, encourager et diffuser l'art tason, ainsi que toute action profitable au rayonnement de la tasonnerie dans le monde oui, je le répète, l'introducteur d'une telle incongruité au sein du périodique le plus anti-poétique qui paraisse en France, à savoir le Journal Officiel, un tel homme donc, ne mérite-t-il pas d'être appelé poète ?
Et croyez-moi, c'est un poète
qui sait poéter. Et c'est en poétant qu'on devient
pochtron. Et il n'est pas le seul dans cette coterie, loin de là.
Tous, je vous ai surpris en flagrant délit de poésie.
Evidemment, vous ne reconnaîtrez pas les faits, vous allez
faire les farauds, jurer et roter encore plus fort pour essayer de
donner le change, mais ça ne prendra pas. Et s'il y en a qui
s'imaginent qu'en allant gerber dans la cour, ils échapperont au
verdict, qu'ils se mettent bien dans la tête que Verlaine a eu l'idée
bien avant eux, et lui il gerbait de l'absinthe, c'était bien
vert avec des reflets dorés, ça avait autrement de la
gueule qu'avec votre pastis et votre picrate...