Tasonnes, tasons,
A l'heure d'empoigner le stylo pour écrire ce discours, je fus saisi d'un trouble : devant cet événement considérable que constitue l'élection démocratique de notre président, allais-je prononcer des paroles d'éloge, risquant en cela de ressembler aux poètes officiels des états totalitaires, scribouillards stipendiés, courtisans pensionnés, secrétaires d'ump, éditorialistes à la botte, chroniqueurs qui font dans la culotte, flatteurs et flagorneurs à la prose flatulente, fayots et cagots, lècheurs de derches, épigones d'elkabach et clones de pernauds. Non, impossible, me suis-je dit, la tasonnerie mérite mieux, le président ne saurait bénéficier d'un quelconque état de grâce suivant son élection, à la limite un état de graisse est-il envisageable, mais ce sera tout. Place sans délai au contre-pouvoir. Je me vois donc logiquement dans l'obligation, mes chers ami(e)s, de procéder à un contre-discours d'accueil du Président dans l'investiture de ses fonctions. Autrement dit, je me vois contraint de vous dire en quoi vous vous êtes gravement glissés le doigt dans l'oeil en fourrant votre bulletin dans l'urne présidentielle.
Nous n'avons connu, vous le savez, qu'un seul président à la tête des tasons, aussi manquons-nous cruellement de points de comparaison, mais cela ne m'empêchera pas de vous affirmer que de toute façon ce président est le plus mauvais que nous ayons jamais eu. Incapable d'une seule promesse, il n'en a jamais tenu aucune. Ne disposant comme programme que de la ferme volonté de ne rien faire, il l'a scrupuleusement appliqué, à rebours de toutes les pratiques observables dans les démocraties occidentales. Il dit qu'il ne fera rien, et effectivement il ne fait rien : c'est extrêmement déroutant et contraire aux bonnes moeurs politiciennes. Enfin, aucune communication digne de ce nom : une bafouille tous les ans envoyée par la Poste, et basta, aucune conférence de presse, aucune allocution télévisée, aucun appel radiodiffusé, pas la moindre petite tribune dans la plus petite feuille de chou locale, aucune petite phrase décochée à la dérobée entre deux couloirs. Rien, le néant, le trou communicationnel, le vide médiatique. A l'heure où les minorités n'ont de cesse de revendiquer sur tous les tons leur identité, notre Président est aussi réactif qu'un volcan d'Auvergne pris dans la brume, bref il s'en fout.

Devant ce constat accablant, que faire ? Et ben rien, c'est trop tard, il fallait réfléchir avant, car maintenant que le président est démocratiquement élu, c'est pire que Chavez au Vénézuela, il va falloir à mon avis attendre encore dix-huit ans pour avoir de nouvelles élections. Vous l'avez voulu, tous victimes de sa propagande qui, pour être minimale, n'en a pas moins été efficace.
Et pourtant, les solutions de rechange ne manquaient pas. Il y avait pléthore de bons tasons qui auraient pu avantageusement occuper la fonction. Car c'est bien parce qu'ils étaient de bons tasons qu'ils ne se sont pas déclarés à temps. Pourtant je sais que ce n'est pas l'envie qui leur manquait, ils y pensaient sérieusement, il fallait réformer, ils en étaient bien conscients, mais le temps de se retourner, de chercher un Bic et un calepin pour jeter les premiers mots d'une profession de foi, et février était déjà là, avec sa sale gueule d'hiver : il a fallu déneiger le trottoir et c'en était fini des rêves et des utopies antirenaldiennes.
Ce qui est encore plus désolant c'est de voir - dramatique conséquence de l'élection présidentielle -, que toute l'équipe est automatiquement reconduite : l'équipe, je devrais dire le gang, la bande, l'association de malfaiteurs : en l'ocurrence le secrétaire et le trésorier, dont l'incompétence a pourtant été reconnue et dénoncée par tous depuis belle lurette. Gatal, le Spaggiari de la Rue de la Gare, le Fin filou du Limousin continuera de vous ficher méticuleusement à seule fin de transmettre vos coordonnées aux trois Suisses et à Cofinoga, tandis que DomPic, à la trésorerie, continuera d'entretenir la plus grande opacité sur les comptes de l'association. Où est le Pierre Péan qui saura faire la lumière sur les tristes malversations de cette clique ? Qui aura le courage de dire que c'est avec notre argent que Dompic peut se payer à chaque pont de l'Ascension un voyage avec les cars Joubert en Saône-et-Loire avec couchage dans un deux étoiles de Digoin, avec vue sur le canal ? Qui saura faire la preuve d'une collusion entre Gatal et les représentants des madeleines Bijou qui viennent honteusement frapper à votre porte à une heure indue ?
Ne rêvons pas, mes amis. Le Obama tason n'est pas né. Et la crise est là, et bien là, et la question est alors de savoir si le monde des Tasons risque d'être atteint par cette déferlante. Le Président et ses sbires sont-ils de taille à affronter les vents mauvais qui rugissent autour de nous ? Faut-il un plan de relance ? Damned, qu'ai-je dit là ? Un plan de relance ! Voilà qui est radicalement antitason, pure invention de racaille dynamique. La relance, pourquoi une relance alors que le tason n'a jamais été lancé ? Toujours il est resté sur son aire de lancement, attendant le compte à rebours, prêt à décoller, en instance toujours, vérifiant quelque détail, procédant à un test, infiniment minutieux.

Bon d'accord, il y a des tasons qui ont décollé. Le Baroudeur par exemple, Juan-Marco de la Playa de Pucket. Absent encore aujourd'hui parce qu'il batifole en Thaïlande, pourrissant le bouddhiste local. Exception qui confirme la règle, et d'ailleurs ce tason hors-norme n'a pas besoin d'être relancé. La crise ne saurait l'atteindre. Le Baroudeur est lancé depuis toujours, c'est son état normal, il est sorti lancé de la vulve de sa génitrice, n'y voyant que dalle, et cela non plus n'a pas changé, et depuis il erre à la circonférence du monde, ne se posant qu'en apparence, comète insatiable, météore à chevelure clairsemée.
En réalité, la situation est plus complexe. Le tason lambda, celui qui n'a pas décollé, qui ne s'est pas lancé, ne vous livre qu'un simulacre. Certes, son enveloppe physique donne l'impression d'immobilisme, mais en son for intérieur c'est Cap Canavéral : il y a beau temps qu'il est monté dans les étoiles, qu'il chevauche les galaxies et fait du jazz dans les sphères célestes. C'est le cas du Doudou, du Kikal, du Riquet, du Cécelle et de quelques tasonnes qu'on dirait taillées dans le cuivre, Lulu, Véro... Mais il n'y a pas que les zicos, il y aussi les poètes, du dessin et du verbe, les Paton, Gary, Mako, PetitJean... Tous allumés sérieux dans le dedans.
Et puis il y a les tasonnes, Sylvichon, Patounette, Nini, Goten, Gringo, Michèle, Sosso, Carolo, Monique, et j'en oublie certainement, qu'elles me pardonnent, merveilleuses belles au café dormant, qu'on dirait plongées dans le grand sommeil provincial mais qui brûlent à l'intérieur d'un feu inextinguible.
La crise, non, ne passera pas ces murailles de ronces qui les entourent, seul un prince tason saurait les faire reculer et soulever la poussière d'un siècle révolu.
Alors oui le président aura beau jeu de dire que la tasonnerie se maintient contre vents et marées, beau jeu d'annoncer son inaction et de la prouver au monde entier. Il sait bien que tasons et tasonnes n'ont pas besoin de programme, que va bien à leur bonheur un bon petit délire amitié dans le tréfonds de février. Il sait bien que le temps s'arrête alors, le temps d'un festin de Dédette, à l'heure unique des Moniques, dans la clameur des canons et la douceur d'une nuit à la clarté d'un comptoir.