Tasonnes, tasons,
Si je suis heureux de m'adresser à vous ce soir, ce n'est pas uniquement parce que c'est la dixième fois que je monte sur une table vous donner l'actualité de la tasonnerie, convenablement graissé par notre président autoproclamé, non, si je suis heureux ce soir, c'est avant tout parce qu'un grand coup de pied a été donné dans le cul de la fourmilière des idées reçues, qu'une entreprise radicale de démystification vient d'être commencée par ce graisseur hors pair, ce tason suprême qui, depuis sa tanière périgourdine, veille depuis plus d'une décennie à maintenir l'esprit des origines malgré une société de plus en plus hostile, dont les valeurs sont plus que jamais éloignées de celles que, nous, tasonnes et tasons, avons hérité de nos ancêtres tasons dont seul l'attentisme si délicat dont ils ne se départirent jamais les empêchât de coucher sur les lignes d'un testament le détail si précieux, si bien que la tâche nous incombe et que je sens bien qu'il ne faudra pas moins de toute notre existence pour en venir à bout, et qu'il vaudrait sûrement mieux que je termine cette phrase avant que je me prenne définitivement les pinceaux dans les méandres des subordonnées conjonctives que ça va faire désordre.
Bref, le président a remis les choses au point en ce qui concerne la religion. La place du tason dans la théologie va être enfin reconnue, ce n'était pas trop tôt. En ce qui me concerne, je voudrais juste vous présenter succinctement le résultat de plus de trente années de recherche haletante, qui m'a conduit à fréquenter nombre de bibliothèques cantonales et de tavernes provinciales. Je vais devant vous éclaircir un point d'histoire négligé par les manuels scolaires, et contribuer à la réhabilitation définitive de nos ancêtres dont on n'a eu de cesse de passer sous silence le rôle éminent dans la défense de la chrétienté occidentale. Je m'explique.
Vous avez tous entendu parler
des croisades. Ces expéditions guerrières visant à
reprendre le tombeau du Christ aux infidèles. Ce qu'on ne sait
guère, c'est qu'une croisade singulière fut bien près
de réussir là où beaucoup mordirent la
poussière. La croisade des Seigneurs Tasons.Quand je pense
qu'on fait un foin de tous les diables autour des Templiers et de
leur soi-disant mystère...

Qui sont-ils tout d'abord, ces Chevaliers Tasons ? Ils sont neuf, au départ, comme les Templiers justement, ces sales copieurs. Il y a Paton de La Roque-Gageac, un redoutable bretteur, et sa compagne Sylvichon de Montfort et Sénac, Pascal de Châteauroux, Jean-Marc marquis du Bost, Patrigeon Papiak, un seigneur d'origine polonaise, Eddy de Périgueux, comte des Merlots, grand joueur d'olifant, Patounette de Lézat, le colosse Gary de Villebon, et enfin le malfaisant Bruno de Beaubreuil, alias Gatal le Félon, alias Gaston le Fécal. D'autres sources, peu dignes de foi, mentionnent des compagnons tels que Macintosh, un écossais égaré, Renaldo du Goutilla, un aventurier espagnol, ainsi qu' un religieux assez louche du nom de Jean Le moine. Une seule certitude, le seul roturier de l'expédition était le valet Hervé Abadie.
Maintenant rassemblez vos
souvenirs de la petite école : en 1095, le pape Urbain II
prêche la première croisade à Clermont. Aussitôt,
une bande de soudards assoiffés de sang et de richesses prend
la route de Jérusalem, dirigée, entre autres, par
Godefroi de Bouillon. Or, les seigneurs tasons ne partent qu'en
1098, c'est-à-dire trois ans plus tard. Que s'est-il passé
?
En effet, que s'est-il passé ? Vous le saurez demain dans le prochain épisode de cette fabuleuse série que déjà TF1 nous envie : La Croisade des Tasons.