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Les grands tasons qui nous quittent : Albert Cossery

Et de trois. Mais celui-ci je suis sûr de mon fait : c'était un vrai tason. Qui se souvient que je l'ai déjà proposé pour un prix littéraire Tason dans une de nos agapes dédettesques ? Sans doute personne, mais c'est dire quand même que ce n'est pas la première fois que nous croisons Albert Cossery, illustre écrivain égyptien qui vient de mourir à Paris, à l'âge de 94 ans. Tason, il l'était lui-même dans son existence : il habita la même chambre d'hôtel parisienne, 58 rue de Seine,  depuis son arrivée dans la capitale en 1945, se souciant infiniment peu de devenir riche et célèbre. Son oeuvre : un recueil de nouvelles et sept romans en cinquante ans, faites le calcul, un volume tous les six ans en moyenne, et encore le tempo s'était-il ralenti : le dernier, Les couleurs de l'infâmie, lui ayant demandé quinze ans ; il déclarait d'ailleurs n'écrire que deux phrases par jour. Mais ce n'était pas n'importe quelles phrases, c'était ciselé aux petits oignons.
Il parlait du petit peuple égyptien qu'il avait connu dans sa jeunesse. Cossard comme Cossery, j'avoue ne pas avoir lu toute son oeuvre, remettant facilement au lendemain la découverte de ses autres opus. Il semble que son chef d'oeuvre soit Mendiants et orgueilleux (1955), mais je ne le connais pas. En revanche, j'ai lu Les fainéants dans la vallée fertile, qui m'a laissé un grand souvenir. C'est édité  chez Joëlle Losfeld, qui a réédité toute son oeuvre, laquelle était devenue introuvable (et le bougre ne faisait rien pour faire évoluer la situation). La quatrième de couverture dit l'essentiel sur le roman, alors je ne vais pas me faire suer à vous écrire de l'original :
"La fainéantise est élevée au rang des valeurs supérieures dans cette famille cairote : Galal l'aîné n'a pas bougé de son lit depuis sept ans, Rafik a renoncé à épouser la femme qu'il aime de peur qu'elle trouble sa somnolence. Serag, le plus jeune des frères veut commettre la folie d'aller travailler en ville au gran dam du vieil Hafez qui exprime sa fureur en ces termes : "Qu'est-ce que j'entends ? Tu veux travailler ! Qu'est-ce qui te déplaît dans cette maison ? Fils ingrat ! Je t'ai nourri et habillé pendant des années et voilà tes remerciements !"
Une morale que Cossery lui-même suivait à la lettre : Christophe Ono-dit-Biot rapporte ainsi ces propos : "Aujourd’hui, les gens travaillent plus pour avoir plus. Au lieu de s’arrêter de travailler pour être tranquille en ne possédant rien. Je n’ai pas de femme, pas d’enfant. J’enlève mes vêtements dès que je suis chez moi ; ainsi ils restent neufs. Je ne vois pas pourquoi je travaillerai."
Une dernière citation également empruntée à un de ces articles nécrologiques dont je vous ai truffé ce billet : À la question : « Pourquoi écrivez-vous ? », Albert Cossery répondait  : « Pour que quelqu'un qui vient de me lire n'aille pas travailler le lendemain »...


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