Tasonnes,
tasons,
Merci tout d'abord d'avoir répondu à l'appel, cet appel du 18 janvier lancé par notre Président auto-proclamé, dont la cote de popularité n'a jamais été aussi haute malgré 16 années de présidence ininterrompue. En voilà un qui ne connaît pas l'usure du pouvoir ! Il est sur la bonne voie pour rattraper et dépasser le record de Fidel Castro - mon propre maître en matière de discours (qu'il ne faut pas confondre avec le mémorable Ramon Castra, qui fit sensation ici même en 2007) – Fidel Castro donc, qui vient de passer la main après à peine un petit demi-siècle de pouvoir. Rappelons qu'il y accéda à ce pouvoir dès 1959, alors que la plupart des tasons historiques grenouillaient dans le ventre de leurs mamans chéries. A part le Président lui-même, qui, né le 18 décembre 1960, ne se trouvait donc encore en 1959 que dans les génitoires de Cécelle Renaldo. Qui pour aimer tant la musique, doit bien avoir un peu de sang cubain dans les veines.
Bref. Les mauvaises langues m'objecteront maintenant que nul sondage ne vient confirmer cette popularité renaldienne. Et il est vrai qu' Ipsos, Bva ou la TNS-Sofres ne sont guère loquaces sur le problème. Ces instituts grassement entretenus par la racaille dynamique se sont en fait bien gardés de mettre leur nez sale dans les affaires de la tasonnerie. Allez donc sonder un tason (ou une tasonne) ! Pour sonder un tason, il faut d'abord le trouver. Inutile de téléphoner chez lui, le Tason est le plus souvent en commissions, et donc chez Monique parce qu'il vient de croiser un autre tason en allant à la boulangerie. Je caricature ? D'accord, admettons que pour une fois le tason est à la maison, coincé par une mauvaise sinusite. Admettons encore que pour une fois il a décroché en premier - événement rarissime car il préfère de loin que sa compagne s'en charge sous le prétexte pas toujours faux d'ailleurs que c'est sûrement pour elle... Admettons enfin que le temps de déplacement du canapé au combiné soit strictement inférieur au temps qu'il faut à la messagerie automatique pour se déclencher. On mesure déjà à l'énoncé de ses conditions que nous nous plaçons dans une situation très hypothétique et pour bien dire les choses quasiment improbable. Mais bon, n'ayons pas peur des hypothèses audacieuses et imaginons notre tason au bout du fil. Sachez alors que l'enfer commence pour le sondeur.
Imaginez un sondeur néophyte tombant sur un Pascal L..., notre Doudou de la place Sainte-Hélène... Le pauvre n'a pas eu le temps de formuler sa question que déjà celle-ci lui est renvoyée sous la forme d'une énigme métaphysique capable de réduire à néant trois stages intensifs de coaching linguistique. J'exagère ? Je monte tout de suite aux extrêmes ? D'accord, prenons alors un sondeur chevronné, un vieux de la vieille, qui s'est tapé toutes les présidentielles depuis Pompidou jusqu'à Sarkosy, en passant par Giscard et Lecanuet. Mettez en face un tason dans la normale de la tasonnerie - notion très floue, j'en conviens – un Patrice C..., par exemple, le Mimoun du Périgord, le Zatopek de la Roque-Gageac. A la première question posée, ça ne manque pas, le Paton essaye déjà de marchander. L'autre a beau essayer de lui expliquer que là n'est pas la question, il n'en démord pas et annonce qu'il ne lâchera pas la pièce à moins de deux cents euros - et encore c'est cadeau. Et si notre vieux chevronné hausse le ton, il est à craindre que le Paton ne le fasse taire en lui disant : « Ca va, Mako, je t'ai reconnu ! Arrête ton charre ! » Le sondeur dépité aura beau hurler comme un putois qu'il n'a rien à voir avec un quelconque Christophe C..., il n'obtiendra aucune réponse exploitable pour son enquête. Et si vous croyez encore que vous aurez de meilleurs résultats avec un tason plus atypique, par exemple le tason à bougeotte genre Jean-Marc D..., alias le Baroudeur alias l'Aigle de Colombie, je tiens à vous dire que vous vous mettez gravement l'oeil dans le doigt, comme dirait Nano. Les sondages fonctionnent sur la méthode des échantillons représentatifs, or, la chose pour moi est claire au moins depuis 1975, date à laquelle j'ai connu le dénommé Juan-Marcos : le Juan-Marcos n'est représentatif de rien. Ou alors il faudrait créer une catégorie psychosocioprofessionnelle pour lui tout seul qui rassemblerait les myopes daltoniens spécialistes en massages exotiques roulant à fond dans des caisses pourries. Non, je vous l'affirme - et il n'est pas nécessaire de prendre d'autres exemples -, le tason est insondable.
Insondable et imprévisible. Contrairement à ce qu'une observation superficielle pourrait laisser croire, le comportement du tason est
soumis à des variations aléatoires considérables. Ainsi, en 2007, la tasonnerie tout entière fait ses adieux à Dampierre, annonce la retraite de Dédette et la délocalisation à La Châtre. Une
année entière s'écoule dans cette certitude et puis crac ! À la dernière minute, re-Dédette, re-Dampierre ! Un revirement aussi soudain, qui en eut crû la tasonnerie capable ? La racaille
dynamique a été doublée sur ses propres valeurs ! La tortue a une nouvelle fois bluffé le lièvre ! On nous attend à l'est, on déploie les fourgons et on fourbit les alcootests ; et nous déboulons
à l'ouest, l'haleine chargée comme un ciel d'orage, le verbe haut et la goule en pente. La nuit est nôtre et nous en explorerons encore une fois les confins brumeux.
Le tason est ainsi : un être de contrastes. Quand la caillera dynamique s'épuise dans l'uniformité d'une vitesse invariable, le tason, lui, invente des rythmes, cultive des pauses, use de syncopes et de soupirs, alterne lenteur et vivacité. Il parle pendant des heures et vide son godet en un éclair. On ne le voit pas pendant un an et le voici au bord des larmes dans un délire amitié avec Kiki Renaldo. Mais celui qui a poussé le plus loin cet art du contraste c'est bien le bandit limousin, le célèbre Spaggiari de la Rue de la Gare, le redoutable Gatal. Informaticien le jour, hacker la nuit, limougeaud le jour, aigurandais la nuit dans ses rêves débridés, trompettiste le jour, trompettiste la nuit, ce truand formidable veille à l'émission de nos bons pour un canon sans même en falsifier un seul, réservant pour la seule tasonnerie l'exercice d'une honnêteté impossible dans l'autre versant de sa vie. Nous l'aimons comme le père aime son fils prodigue, et nous lui confions même la caisse des repas chez Dédette, quand bien même nous savons qu'un beau soir sa nature mauvaise reprendra le dessus et qu'il partira avec le magot s'offrir une vie de rêve avec une coiffeuse de La Courtine qui n'hésitera pas pour lui à faire le tapin à Felletin, une fois la cagnotte consumée. Car oui, nous les tasons, aimons le risque, contrairement à ce que laisse accroire encore une fois une rumeur maligne. Plus d'un d'entre nous a risqué la tournée aux fléchettes, au moment où le célèbre Darts Club of Aigurande (le DCA) animait les soirées hivernales dans les années 80.
Mais c'est la tasonne, plus encore que le tason, qui défie le temps qui passe, et force est de constater que les appels présidentiels se succèdent sans que la beauté de la tasonne soit altérée. Chapeau bas à Sylvichon, à Patounette, nos tasonnes historiques, mais aussi à toutes celles qui nous accompagnent, que je ne les cite pas par peur d'en oublier. Elles ne feront point les couvertures des magazines people mais dans notre coeur elles ont la une tous les jours.
Avec elles, et je finirai là-dessus, je sais aussi, pour reprendre les mots enfiévrés du Président en exil à Arcachon que « Quoi qu'il arrive, la flemme de la résistance Tasonne ne doit pas s'éteindre et ne s'éteindra pas ».