Overblog Tous les blogs Top blogs Humour
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Publicité

Discours du Tasonthon

Tasonthon oblige, la fiction brève du dimache fait relâche et laisse exceptionnellement la place au discours (point si bref) du samedi  15 février 1997.



« Mes ami(e)s, je tiens à vous remercier d'être venus si nombreux participer à cette oeuvre profondément humanitaire qu'est le Tasonthon. Grâce à vous et aux modestes billets que vous voudrez bien déposer dans ces corbeilles, je pourrais continuer avec toute ma fidèle équipe mon combat acharné pour résoudre le fascinant mystère de la tasonnerie.

C'est à vous, mes ami(e)s et généreux donateurs, que j'ai réservé une information exclusive. Oui, j'ai l'extrême plaisir de vous annoncer qu'un pas décisif vient d'être accompli dans notre recherche, un pas en avant qui restera à jamais gravé dans nos mémoires, une avancée qui ne manquera pas d'être consignée sous peu dans les manuels d'histoire : notre équipe vient en effet - je viens de recevoir un fax de Vladivostok où elle travaille en ce moment – de mettre au point le premier maïs transgénique à base de chromosome T. Le premier maïs tason !

Ce maïs planté en 1974 vient en effet de sortir du sol, et la récolte est prévue pour 2019. C'est magnifique ! Grâce au chromosome T, l'agriculture va reprendre un visage humain. Elle va redevenir une histoire de transmission, rétablissant un dialogue intergénérationnel qui tendait à disparaître : les grands-parents sèmeront, les parents traiteront et les enfants récolteront !

Mais si nous en sommes là aujourd'hui, c'est grâce à certains pionniers qui ont longtemps travaillé dans l'indifférence ou le mépris. Sans l'intuition géniale du Professeur Paton de la Roque-Gageac, la biotasonogénétique n'existerait pas tout simplement . Le premier, il a avancé l'hypothèse d'une prédisposition génétique à la tasonnerie. C'était en 1972, lors de l'étude d'un sarcophage mérovingien échangé contre une fausse poterie sigillée en terre de Gargilesse. Pour le Pr Paton, aucun doute, les rois fainéants étaient tous porteurs du chromosome T. Il restait à le démontrer, et pour cela il fallait des fonds, histoire d'acheter un maximum d'argile de Gargilesse pour produire un maximum de fausses poteries sigillées susceptibles d'être échangées contre d'authentiques sarcophages mérovingiens.

Il fallait donc un sponsor.

Et très rapidement – c'est-à-dire trois ans plus tard – grâce à son ami, le Professeur Macintosh, de la faculté de Lézat, il en trouva un avec les fameux et vénérables laboratoires ELERTE, dont les célèbres médicaments Fluisedal et Coquelusedal ont fait le tour du monde. S'ils n'isolèrent point le chromosome T, ils mirent tout de même au point le médicament miracle que voici, le Tasonsedal, élixir de longue vie, le premier médicament à principe inactif !


Avant de commercialiser un produit, il importe, vous le savez, de le tester. Sur l'animal d'abord, sur l'humain ensuite. Pour aller plus vite, on le testa sur Doudou L.

Le résultat alla au-delà de toute espérance. Doudou L. devint de loin le plus grand tason de Châteauroux : malgré des dons éclatants de musicien, il ne composa pas son premier morceau avant les années 90, et il abandonna la guitare pour le piano, un instrument où il pouvait jouer assis.

Voyant cela, un aigrefin limougeaud notoire pensa réaliser un juteux trafic en négociant clandestinement du Tasonsedal. Je veux parler bien sûr du sinistre Gatal, alias Bruno-les-gros-rouleaux. Il inonda la Haute-Vienne du produit miracle et l'on put observer peu de temps après un net ralentissement de l'économie dans la région Limousin. On raconte même que l'uranium extrait à cette époque n'aurait plus eu les mêmes propriétés radio-actives. Il semblerait qu'un coefficient élevé de radio-passivité caractériserait maintenant les filons de Bessines-sur-Gartempe.

C'est un spécialiste de la question qui a soulevé ce débat récemment : il s'agit de l'éminent Professeur Juan-Marcos qui s'est rendu célèbre par ses expéditions répétées en Asie où il tenta, hélas sans succès, de recueillir du sperme de yéti.

Et là, il faut bien aborder la délicate question du substrat. L'étude du chromosome T -il en a été touché un mot dans la feuille de convocation à ce Tasonthon – ne peut se faire sans un substrat adéquat.

Pour le Pr Juan-Marcos, la chose était claire : seule la semence de tason pouvait constituer un tel substrat. Mais ayant testé celle de son ami Dabade, qui n'est pourtant pas le premier tason venu, il avait échoué à isoler les principaux acides aminés constituant la double hélice du chromosome T. Trop d'impuretés, trop d'éléments artificiels en provenance de notre société trépidante. Il fallait du tason pur.

Le jour de la Chandeleur 1992, tout s'éclaira : il songea au Yéti ! Pouvait-on trouver sur terre plus tason que le yéti ? Deux mille ans qu'on en parle et on n'est même pas sûr qu'il existe. Plus fort, si, t'as Dieu. Mais va donc trouver du sperme de Dieu !

Le sang du Pr Juan-Marcos ne fit qu'un tour : en un tournemain, il apprit le tibétain et s'envola pour les Indes. Malheureusement, il emmèna avec lui Doudou L. et ils revinrent bredouilles.

La biotasonogénétique allait-elle s'enliser faute de substrat ? Non. Le Professeur Renailly, de l'université de Périgueux, fait alors une révélation fracassante : on peut étudier le chromosome T avec du sperme de Lupus.

Un immense espoir nous étreignit, nous les biotasonogénéticiens, on allait enfin pouvoir y voir clair dans ce bordel de chromosome T !


Aspirateur-balai (modèle 150), Conçu vers 1935 Acier, acier émaillé, aluminium, toile, caoutchouc,

Hélas, il nous fallut encore une fois déchanter. Et vous savez pourquoi : la vie sexuelle du Lupus nous ayant réservé quelques surprises de taille. Il m'a fallu personnellement huit mois de planque dans les poubelles du CNRS, à Gif-sur-Yvette, pour pouvoir obtenir ces fameux 2cc de sperme de Lupus dont nous avons parlé. C'est dans ces poubelles du CNRS que j'ai récupéré ce fameux aspirateur Hoover modèle 1933. Le problème qui se pose maintenant - et c'est l'un des enjeux majeurs de ce Tasonthon – c'est que l'on ne trouve absolument plus de sac à poussière compatible avec ce modèle. Je lance donc un appel solennel à tous les collectionneurs d'aspirateurs Hoover de par le monde ! Nous achèterons à n'importe quel prix vos vieux sacs à poussière ! "


(Bon, ben voilà, ça se terminait par une remise de César – ou de Ricor, je ne sais plus – à celui qui avait le plus fait progresser la recherche cette année-là. Le gagnant avait été Nano. Me demandez pas pourquoi.)

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article